• Ecole/Atelier Kalenders




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    En Inde, les syndicats de la construction s’attaquent au travail des enfants et aux conditions de travail

    Participants et intervenants lors d'un atelier d'évaluation rassemblant les partenaires locaux et externes afin d'examiner le progrès qui a été accompli au cours des deux dernières années.
    En Asie du Sud, les briqueteries sont surtout situées dans les régions rurales pauvres de l'Inde et du Népal. Elles continuent d'avoir recours au travail des enfants, malgré des années de campagnes locales et internationales visant à abolir cette pratique qui contrevient aux conventions de l'Organisation internationale du Travail.

    Un projet pluriannuel d'envergure a été mis sur pied pour remédier à ce problème. Il rassemble l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois et six syndicats locaux des travailleurs en construction présents dans quatre États de l'Inde : Uttar Pradesh, Bihar, Punjab et Orissa. Ce projet a pour but d'améliorer les conditions de vie et de travail des briquetiers et des opérateurs de four à briques et de leurs familles, et d'offrir aux enfants sur place l'accès aux études primaires. Depuis 2002, le Congrès du travail du Canada collabore avec des syndicats et des organismes non gouvernementaux de la Hollande, du Danemark, de la Finlande et de l'Australie afin d'aider les syndicats de la construction indiens à nouer des relations avec les travailleurs du secteur de la fabrication des briques, et afin de retirer les enfants du marché du travail et de les envoyer à l'école. Le projet bénéficie du soutien financier de l'Agence canadienne de développement international.

    En mars 2009, Anna Nitoslawska, coordonnatrice du programme pour le Congrès du travail du Canada, s'est rendue sur place afin de participer à l'évaluation semestrielle du projet et de constater les progrès réalisés. Mme Nitoslawska a d'abord visité l'une des premières écoles financées dans le cadre du projet, dans le district de Fatehabad d'Uttar Pradesh, juste à l'extérieur de la ville d'Agra. Il s'agit d'un édifice moderne mais modeste, comptant cinq salles de classe. (Avant la construction de l'école, l'enseignement se faisait en plein air.) Établie en 1999, l'école dessert la population de cinq villages environnants, qui totalise environ 20 000 personnes. Actuellement, 81 garçons et 66 filles y sont inscrits et cinq enseignants y travaillent. Mme Nitoslawska a parlé avec les élèves et rencontré des enseignants, des parents, des travailleurs et des membres de la collectivité. Elle a aussi visité une usine de fours à briques à proximité. On lui a demandé de planter un arbre près de l'école et on l'a invitée à revenir pour le voir grandir, de pair avec le projet de scolarisation des enfants et de défense des droits des travailleurs.

    Voici des élèves en uniforme, à l'intérieur d'une des quatre nouvelles salles de classe; ces élèves étudiaient à l'extérieur, sous un arbre, avant la construction de l'école.
    La visite des lieux a été suivie d'un atelier d'évaluation de deux jours, qui a permis d'entendre les points de vue de dirigeants syndicaux, d'enseignants, d'organisateurs, de femmes engagées dans des groupes d'entraide et de membres de la collectivité. Tous travaillent d'arrache-pied pour assurer la réussite du projet. L'une des participantes les plus actives, Pinki Jain, a elle-même travaillé pendant son enfance et est actuellement enseignante en chef à l'école de Dhanoli, à Agra. Puis, au cours de la soirée, les enfants ont présenté une pièce de théâtre sur le VIH/sida et les moyens d'intégrer à la collectivité les personnes qui en sont atteintes. Pendant la deuxième journée, on a défini l'orientation stratégique du projet pour les deux prochaines années. Comme l'atelier coïncidait avec la Journée internationale de la femme, le syndicat local a organisé une table ronde sur les droits de la femme et lancé une publication sur l'égalité entre les sexes. L'activité a été diffusée à grande échelle dans les médias locaux.

    « L'évaluation a donné un aperçu utile des progrès réalisés jusqu'à présent, a déclaré Anna Nitoslawska. Elle a aussi souligné l'importance, pour les syndicats et les communautés, de collaborer et de se doter d'une stratégie claire et d'un but précis. » Mme Nitoslawska mentionne que le projet comporte trois volets principaux : syndiquer les travailleurs adultes afin de négocier avec les employeurs de meilleures conditions de travail et l'accès à la sécurité sociale; mener des campagnes dans les villages ruraux et les chantiers contre le recours au travail des enfants; et scolariser les enfants libérés de ces travaux.

    Les coordonnateurs du projet et les participants ont relevé les faits suivants :
    • Le projet soutient actuellement 16 écoles ou centres de préparation au travail dans quatre États. En 2008, 1 636 enfants, dont 738 filles, y étaient inscrits. Plusieurs écoles ont obtenu l'accès à des services publics tels que les repas pour les élèves et les soins médicaux.
    • Une entente historique a été signée en 2008 avec la All India Brick and Tile Manufacturers Federation, qui représente 35 000 fours à briques et sept millions de travailleurs, en vue de promouvoir le dialogue au sein de l'industrie et de restreindre la pratique du travail des enfants dans le secteur. L'entente a été traduite dans les langues locales; les syndicats l'utilisent comme moyen de pression pour conclure des ententes semblables à l'échelle locale et régionale.
    • Les campagnes sur l'accès à la sécurité sociale ont renseigné et sensibilisé les travailleurs de la construction, de sorte qu'ils exigent d'être couverts par l'Employees' Provident Fund Organisation du pays. Un syndicat participant aurait obtenu la protection de 4 260 travailleurs.
    • Le projet répond aux besoins des travailleurs adultes, y compris un nombre croissant de travailleurs migrants, en offrant des cours sur les droits des travailleurs, la santé et la sécurité au travail, ainsi que des cours d'alphabétisation. Les femmes de plusieurs collectivités examinent des projets de microcrédit afin de suppléer aux faibles revenus de leur famille.
    Le Congrès du travail du Canada est fier d'appuyer cette initiative remarquable, qui soutient efficacement la lutte contre le fléau du travail des enfants et qui améliore la vie des travailleurs de la construction en Inde. Grâce à l'appui des travailleurs de la construction de l'Allemagne et de la Finlande, l'approche élaborée avec succès en Inde est reproduite actuellement au Népal, où le secteur de la production de briques croît rapidement et le travail des enfants est généralisé. D'après des études récentes, le Népal compte plus de 500 briqueteries qui emploient au-delà de 400 000 travailleurs.