• Ancien bénévole en Inde

    Du 14 au 30 Août 2009:

     

    "Raj !", c'est comme ça qu'on m'appelait en Inde car les gens avaient du mal à prononcer mon prénom (ils disaient "M..."), je leur avais dit qu'il pouvait m'appeler Raj (nam to suna hi hoga), ils m'appelaient donc tout le temps "Raj" ou "Raj bhaiya". Vous pouvez pas vous imaginer à quel point les gens sont gentils là-bas, les gens avec qui j'ai vécu ont vraiment été adorables avec moi, il n'y a pas à dire la plus grande richesse de l'Inde ce sont les Indiens eux-mêmes.

    J'ai vraiment été très heureux. Le fait que je parle hindi, que je connaisse bien les films, que je sois végétarien, que je ne boive pas, que je ne fume pas et que je ne dise et ne fasse pas de grossièretés a sans doute joué en ma faveur (mes amis me disaient que j'étais innocent comme un enfant).

    Ce qui était bien c'est que j'ai vécu avec les Indiens ordinaires, il n'y a rien de plus artificiel que les quartiers pour touristes. Si vous souhaitez aller en Inde, allez vivre chez des gens, vous verrez c'est formidable. Si vous avez vécu dans un pays d'Afrique en particulier au Maghreb, alors vous ne serez absolument pas dépaysé. Par rapport à ma Tunisie, la vie en Inde dans les quartiers "classe moyenne" était quasi identique, la rue (les trottoirs en particulier) et les maisons ont quasiment le même aspect (il suffit de remplacer les photos du président Ben Ali par des icônes de dieux hindous). 
    J'ai tenu un carnet de voyages pour ne pas vous perdre une miette de mes aventures mais je me suis rendu compte qu'un récit chronologique serait long et répétitif. J'ai donc décidé de vous offrir un récit thématique qui vous permettra de piocher ce qui vous intéresse en particulier. J'espère que cela vous plaira, bonne lecture.
    Je n'ai malheureusement pas de photos car je n'avais pas d'appareil photo numérique mais deux appareils jetables. Je vous montrerai mes photos quand j'aurai l'occasion de vous voir.

                                      

    Avant de partir :
    Bien sûr, deux semaines c'est trop court pour vraiment découvrir l'Inde mais je n'avais pas le choix. Kailash repartait en Inde le 14/08 et moi je devais revenir à Paris pour septembre, je n'avais donc pas le choix. Après tout pour une première fois, ce n'est pas plus mal de rester pas trop longtemps même si bien sûr à la fin j'étais triste de quitter l'Inde et pas très heureux de revoir Paris même si ma chambre et mes parents me manquaient (ce sont les Français que je n'avais pas envie de revoir). 
    En aucun cas, je ne voulais être un touriste. Ce que je voulais c'était vivre chez l'habitant et travailler là-bas, c'est ce qui s'est passé. Pendant longtemps, je n'avais pas spécialement envie d'aller en Inde mais depuis un an, je me suis tellement engagé dans mon association humanitaire que je ne pouvais plus me permettre de ne pas y être allé. Il fallait que je voie le travail de notre association pour pouvoir mieux en parler après en France. Certes, ce n'est pas en deux semaines qu'on peut prétendre connaître l'Inde mais c'est déjà ça. En tout cas, ce voyage a renforcé mon désir de continuer à travailler pour une association humanitaire.

    L'association prenait en charge ma vie chez l'habitant (qui ne coûte quasiment rien) et j'ai payé de ma propre poche mon billet, mon visa, mon vaccin et ma vie là-bas. J'avais quelques économies d'anciens boulots d'été que je gardais pour passer le permis et finalement j'ai préféré les utiliser dans quelques choses qui me plaisaient vraiment (je déteste de toute mon âme les voitures). Pour financer mon voyage, j'ai donné cet été des cours de français à des Indiens et à des Pakistanais. De toute façon, la vie là-bas ne coûte pas chère. 


    Le voyage :
    Le voyage c'est plus de 8h d'avion mais on ne voit pas le temps passer. A l'aller, j'étais avec Air France et au retour avec Air India. Le paradoxe, c'est que dans l'avion AF il n'y avait que des Indiens et ils passaient des films hindi ("Ghajini" que je n'ai pas aimé et "RNBDJ") alors que dans l'avion AI il n'y avait que des Français et ils passaient des films américains, beurk.

    Mon travail :
    Je travaillais dans le quartier de Kathputli Colony à New Delhi. C'est un quartier proche du centre mais les habitants n'ont pas de titres de propriété. Franchement, il y a pire comme quartier car celui-ci n'a que des maisons en dur avec eau et électricité (piratées). Mais c'est quand même très pauvre (une famille de 7 peut vivre dans une pièces unique) et très sale (les gamins défèquent dans la rue). Le slum dans lequel on travaille est peuplé par une caste d'artistes rajasthani dont les membres portent tous le nom "Bhatt". Les enfants baignent dans le monde des arts depuis leur plus tendre enfance et deviennent tous des grands artistes, Kailash et ses potes ont tous de superbes voix et sont tous d'excellents danseurs. Beaucoup m'ont montré leur album photo, ils jouent dans les grandes soirées de Delhi et dans le monde entier. Beaucoup ont animé le mariage de stars de Mumbai ou ont travaillé pour le cinéma. J'ai vu des photos des frères de Kailash avec SRK ou SAK. Le père de Kailash a été musicien pour Nusrat Fateh Ali Khan (qui est l'idole du quartier) et le meilleur ami de Kailash Vicky a été danseur pour Farah Khan. Mais tous ces gens une fois le travail fini retournent vivre dans leur slum. Cela m'a beaucoup choqué. Ces artistes représentent l'Inde dans de grandes manifestations culturelles internationales et après ils retournent vivre dans leur slum. Même si les Indiens me disaient qu'ils n'ont pas aimé le film "Slumdog" qui les dénigrent, ils disent que malheureusement ils montrent la réalité (Mumbai c'est encore une cran au-dessus). Une fois, j'ai vu un clochard sans jambes qui à chaque feu rouge descendait de son trottoir pour aller mendier aux voitures, je ne sais pas comment il faisait pour se ramasser à temps. J'ai vu aussi un quartier où ne vivent que des mendiants pour la plupart amputés (volontairement) de quelques choses, cela fait froid dans le dos.
    Notre association a construit une école dans le quartier pour permettre aux jeunes de se former et pour organiser des spectacles où nous invitons des touristes. Cela permet de récolter des fonds qui permettent d'aider les gens. J'ai participé à l'organisation du spectacle du 22/08 et j'ai donné des cours d'anglais aux enfants.


    Mon quartier :
    Mais attention, il ne faut pas croire que l'Inde n'est qu'un vaste bidonville. Il y a aussi des coins très chics et puis surtout les 2/3 les Indiens appartiennent à une classe moyenne qui s'en sort pas trop mal et dont la vie me fait beaucoup penser à la vie au Maghreb. J'ai de plus trouvé les Indiens très travailleurs et dynamiques : les cours complémentaires et les petits magasins pullulent, les Indiens sont vraiment travailleurs et dynamiques.
    Je vivais chez la sœur de Kailash dans le quartier de Nawada qui ressemble comme deux gouttes d'eau au bled. Sangeeta et son mari Manu sont très gentils et ils ont 5 enfants tous très jeunes et très mignons. Le premier jour chez elle, Sangeeta m'a offert un rakhi pour me dire qu'elle me considérait comme un frère, j'appelais donc Sangeeta "Didi" (sœur) et son mari "Jijaji" (beau-frère).

    Dans mon quartier, il y avait pas mal d'Africains que les gens regardent avec plein de curiosité. Il faut dire que vu le nombre de pubs pour des produits blanchissants ça peut se comprendre. D'un côté montrer John Ibrahim vanter les mérites du produit blanchissant de "Garnier" c'est assez choquant.



    SRK, Raj, Surinder, Anil, Rishi et Michael :
    Vous pouvez difficilement vous imaginer à quel point les gens ont été gentils avec moi. Si les Indiens sont un peu distants au premier abord, quand vous les connaissez, ils sont vraiment adorables et vous reçoivent comme un roi, même les plus pauvres. Le fait que je parle hindi, que je connaisse bien les films et la culture indienne mais aussi que je sois végétarien et sobre a sans doute joué en ma faveur. Il n'y a pas à dire la plus grande richesse de l'Inde ce sont les Indiens eux-mêmes.
    Mes amis n'arrêtaient pas de me demander de réciter des dialogues de films ou des paroles de chansons et à chaque nouvelle maison visitée ils me demandaient de le faire. En effet, je n'étais jamais seul, j'étais toujours avec Kailash et ses potes et on peut aller chez les gens en bande sans être invité, c'est vraiment très convivial.
    Comme ils avaient du mal à prononcer mon prénom, je leur avais dit qu'ils pouvaient m'appeler "Raj" si bien qu'on m'appelait tout le temps Raj, j'étais vraiment content. Tous les jours, on me demandait des dialogues de "OSO" (sur le sindur ou le bottle award), de "RNBDJ", de "Mohabbatein", de "Pardes" ou encore de 'Umrao Jaan". J'étais la star du quartier. Durant mon séjour en Inde, j'avais une moustache (rasée à mon arrivée en France) comme Surinder et je disais aussi parfois que j'étais le nouvel Anil Kapoor. Je disais que SRK était de loin mon acteur préféré, celui grâce à qui j'ai appris le hindi tout seul (cela les épatait). Je disais aussi que j'aimais Rishi Kapoor qui avait un gros ventre comme moi. Si bien que quand il voyait Randhir Kapoor, il me disait : "Voilà ton fils !" ou alors il me touchait le ventre en me disant "Randhir a faim !".

    Mais la grande star en Inde, c'est Michael Jackson qui est la seule star américaine que les gens connaissent vraiment et encore ils ne connaissent que quelques clips. Les potes de Kailash me demandaient sans cesse aussi de chanter des chansons de MJ, ce que je refusais souvent en chantant à la place des chansons de films hindi. MJ est la plus indienne des stars US car dans ses clips qui sont de véritables films, ils manient bien l'image et le son comme dans un film hindi, les petits garçons dans la rue s'essayent aux chorégraphies de MJ.

     


    Le cinéma et la télé :
    Le cinéma est omniprésent en Inde même dans les slums les plus glauques, cela montre à quel point le cinéma fait rêver car le monde des films n'a absolument rien à voir avec la vie réelle. Les chansons des films sont sur toutes les lèvres. Ces temps-ci, les deux films à la mode étaient "Love aaj Kaal" et "Kaminey" dont les chansons passaient en boucle. Je suis d'ailleurs allé voir "Kaminey" dans un multiplex car c'était le film à la mode en ce moment. L'ambiance est nulle dans ces nouveaux cinémas bourgeois (plus chics que ceux de France) et je n'ai pas du tout aimé le film (je n'aime pas les films d'action).
    Les stars de Mumbai sont sur toutes les pubs ce qui rend les produits encore plus attirants (j'y suis allé à fond sur le Pepsi bien sûr) même si les pubs en Inde sont aussi débiles que celles de France (la pub "Airtel" avec SAK et Kareena est atroce). Néanmoins la pub pour "Miel Pops" est hilarante car la musique est "Love mera hit" transformée en "Honey mera hit".
    Regarder la télé, c'est vraiment agréable surtout les chaînes comme B4U Music qui ne passent que des chansons et des pubs de films (même si je déplore l'américanisation des films hindi). 
    Ce qui est marrant aussi à la télé c'est de voir des dessins animés japonais (comme DBZ) ou des films de kung-fu (Jacky Chan et Bruce Lee sont adorés en Inde) doublés en hindi. Autre chose à voir ce sont les interminables feuilletons mythologiques sur les dieux hindous, captivant.


    La nourriture :
    Évidemment, je me suis lâché, il faut dire que c'est tellement peu cher, pour 1 samosa en France on en a 10 en Inde, si bien que je payais le resto pour tous les potes avec qui j'étais. La première semaine, je faisais des compétitions de mangeurs de gol guppe (introuvables en France) tous les jours mais ça a fini par me lessiver car les gol guppe ce n'est que de la flotte. Je me suis aussi gavé de samose. La cuisine moghole est très grasse mais cela ne m'a pas empêché de me gaver de byriani (celui à Nizamuddin est délicieux mais très gras). Malgré mes excès je n'ai pas été vraiment malade mais j'avais un léger mal de ventre récurrent durant la deuxième semaine. Tous les jours, je me disais que je ne mangerai pas mais je me laissais aller le soir. Comme je prenais des médocs contre les maux de ventre je n'ai pas fait le ramadan. Je devais boire énormément (j'y suis allé à fond sur le Pepsi et le jus de mangue) et les Indiens passent leur journée à boire du thé, on en boit des dizaines par jour, cela coupe la soif. Je ne buvais pas l'eau de là-bas ni les jus de fruits faits dans la rue, j'ai bu une fois un délicieux jus de grenade (anar) fait dans la rue, trente minutes après il est ressorti intact par où il est entré.
    Après avoir si bien mangé et pour si peu cher en Inde, je n'ai plus du tout envie d'aller manger dans les restos indiens de Paris qui sont une véritable arnaque à côté. Si vous voulez vous faire une idée de comment on mange en Inde, aller dans les gargotes de la rue Jarry dans le 10e. 


    Delhi :
    J'avais beaucoup de travail, je n'avais pas beaucoup de temps pour faire du tourisme si ce n'est en fin d'après-midi une fois mon travail fini. Je rêvais d'aller à Lucknow mais c'était trop loin. Je suis donc resté entièrement à Delhi, je n'ai pas eu l'occasion d'aller à Agra.
    Mais Delhi est une ville magnifique. Vous pouvez difficilement vous imaginer à quel point les grands monuments moghols ou pré-moghols sont magnifiques. La grande mosquée de Delhi ou le mausolée de Humayun sont vraiment magnifiques, Suban'Allah ! Le Qutub Minar ou la mosquée Quat-al-Islam ou encore le mausolée de Safdarjung sont aussi remarquables. J'ai aussi beaucoup aimé aller me recueillir sur la tombe de Nizammuddin et de Amir Khusraw deux grands saint soufis du Moyen Age. Au mausolée de Nizamuddin, il y avait de magnifiques qawali, j'y ai trouvé une grande sérénité et cela a renforcé mon attachement au soufisme. Par contre autour les quartiers de Jama Masjid et Nizammuddin c'est un incroyable désordre même si on y sert de délicieux byriani.
    J'ai bien sûr ramené des cadeaux pour mes parents : un shalwar-qamiz et des bracelets (churian) pour ma mère et un chapeau de prière et un talisman de Nizammuddin pour mon père. Il ne faut surtout pas aller dans les quartiers touristiques, c'est l'arnaque pour baba-cool en recherche de spiritualité à deux sous, il y a plein de rabatteurs ou de mendiants pour vous solliciter. Il faut vraiment aller dans l'Inde des Indiens où là certes on vous regarde mais où personne ne vous importune.

     

    Le métro : 
    Pour aller de Nawada à Shadipur (la station de métro de Kathuptli Colony), je devais prendre le métro tous les jours. Il n'y a pour l'instant que trois lignes mais à côté de celui de Delhi, le métro de Paris n'est qu'une vaste poubelle. Le métro de Delhi est aérien, climatisé, super propre et automatique. On est fouillé systématiquement à l'entrée car il y a une peur panique du terrorisme. Le système est bien conçu car on achète un jeton dont le prix varie en fonction de la distance (comme le RER) et on met le jeton dans une boite à la sortie, ce qui évite le gaspillage de tickets. Le métro de Delhi est super chic et comme il est en hauteur on peut voir le paysage. Dès qu'on sort des centres formés par les vieilles Delhi, Delhi donne l'impression d'une interminable banlieue avec des petites maisons. On passe des immeubles de bureaux rutilants aux bidonvilles sordides avec des gens qui vivent à même le sol et cela à quelques mètres de distance mais comme je l'ai dit Delhi c'est surtout une grande classe moyenne qui travaille dur et qui prend le métro pour aller au boulot.


    La circulation :
    Mieux vaut en effet prendre le métro car la circulation en Inde, c'est "Dhoom" tous les jours et je pèse mes mots. Les conducteurs roulent comme des sauvages et klaxonnent sans arrêt. Le pire c'est de voir toute une famille sur une mobylette, comme au bled vous me direz. J'ai fait de la moto avec le mari de Sangeeta, là c'est vraiment "Dhoom". Pour traverser, il faut s'imposer et je me demande comment j'ai réussi à rester en vie. Delhi est une ville extrêmement bruyante et agitée. En France, les provinciaux disent que Paris est une ville bruyante et agitée mais si on compare à Delhi, Paris est la ville la plus calme du monde. La circulation est d'autant plus dangereuse que personne ne marche sur les trottoirs car les innombrables boutiques débordent sur eux et que de toute façon les trottoirs sont pour la plupart défoncés (ceux qui connaissent le bled ne seront pas perdus). On marche donc sur la rue qui elle au moins est plate mais quand vient la mousson, les rues se transforment en bourbier avec d'immenses flaques presque infranchissables. Cela rend la circulation encore plus périlleuse et pour avancer les automobilistes klaxonnent ou s'insultent. Prendre le rickshaw c'est avoir mal au ventre à coup sûr tant cela secoue.
    Il ne faut bien sûr pas oublier les vaches qui déambulent tranquillement dans la rue, parfois un conducteur roulant à vive allure s'arrête brutalement car une vache est sur la chaussée. On trouve aussi pas mal de chiens (très calmes) et quelques porcs qui se gavent dans les tas d'ordures et dans les coins avec des étrons (Hindous comme Musulmans ne mangent pas de porc, ce sont donc des Chrétiens qui les élèvent). 


    Les gros mots et les blagues :
    Mes amis indiens ont beaucoup apprécié le fait que je sois végétarien, que je ne boive pas, que je ne fume pas et que je ne dise et ne fasse pas de grossièretés. Eux par contre buvaient (surtout du whisky-cola) et m'ont appris pas mal de gros mots que je ne répétais pas. Je suis sûr que beaucoup d'entre vous rêvaient depuis longtemps de connaître des gros mots en hindi, je vais vous en apprendre quelques-uns.
    Trois mots reviennent souvent : "lola" pour dire "pénis" et "chut" ou "galu" pour dire "vagin", en argot bien sûr. Les Indiens insultent rarement la mère des autres car la mère c'est sacré (beaucoup de garçons se font tatouer "ma" sur le bras) donc on insulte les sœurs.
    On a donc souvent des "teri behen ki chut" soit littéralement "la c…. de ta sœur" donc "n…. ta sœur" ou des "teri behen kutti" ("ta sœur la chienne" ou plutôt la "ta sœur la p…"). Remplacer "behen" par "ma" (mère) est plus grave et emmène souvent à la bagarre. 
    On peut dire à un homme "sala". Le "sala" c'est le frère de sa femme, donc en disant à quelqu'un "sala", c'est une façon de dire qu'on se tape sa sœur. Pour parler des femmes faciles, on dit : "Yeh galu hai" (c'est un vagin ça) ou encore "Unka galu" (son vagin).
    Les chansons paillardes fusent comme cette parodie de "K3G" : "Kabhi whisky kabhi rhum" (parfois whisky parfois rhum) remplie de grossièretés. Il y a aussi du rap indien dont les morceaux sont bourrés de "lola" et de "chut".
    Les variantes régionales sont aussi utilisées, "bosha" et "kusi" sont respectivement les équivalents rajasthani et pendjabi de "chut".
    J'avais par contre du mal à comprendre les blagues, je comprenais le début mais rarement la chute ce qui est con. Les blagues tournent en effet souvent autour de jeux mots sur des dialectes régionaux. Et puis même quand on m'explique le sens, je ne rigole pas forcément. De même devant un film, mes amis se marrent quand je ne trouve rien de drôle. C'est une question de références culturelles.
    Beaucoup de blagues parlent des hijra (travestis) et les jeunes s'amusent à les imiter. D'ailleurs quand nous étions à côté de Jama Masjid, des hijras se sont mis à nous appeler Kailash et moi car nous avons tous les deux les cheveux longs en disant : "Allez, donnez-leur des duppatas à eux aussi !". Cela m'a beaucoup fait rire.


    Les djeuns :
    Comme je vous l'ai dit, j'étais tout le temps avec Kailash, le fondateur de notre association, et tous ses potes eux aussi artistes (son meilleur ami Vicky a dansé pour Farah Khan). Tous sont issus du quartier de Kathputli Colony mais leurs origines ne se voient pas sur leur allure. Il n'y a pas à dire, les jeunes sont habillés comme Raj dans "RNBDJ". Ils mettent tous les mêmes vêtements, cette année tous les jeunes avaient un t-shirt imprimé flashy avec un bébé punk dessus (on pouvait croiser deux jeunes dans le métro avec le même t-shirt). Ces temps-ci, la star a la mode c'est Shahid Kapoor avec le film "Kaminey" et "Hadippa" et il y a vraiment des jeunes qui lui ressemblent dans le quartier. Les sales de muscu pullulent car les jeunes veulent ressembler à Salman mais aussi aux catcheurs indiens dont le plus célèbre est Dara Singh (l''oncle d'Aman dans "Kal ho naa ho"). 


    La religion :
    Les jeunes ont beau boire et frimer, ils restent très religieux et ont les voit souvent jeûner pour un dieu hindou. Ils se marient souvent jeunes avec une fille choisie par leurs parents, ce qui fait qu'on a souvent l'impression d'avoir des adolescents avec des bébés.
    Je vivais et travaillais dans un quartier à majorité hindoue et les gens sont assez religieux. Les images et les noms des dieux hindous sont omniprésents. Ce qui m'a impressionné c'est la tolérance des Hindous. Par exemple quand ils entendent l'appel à la prière musulmane, ils arrêtent de jouer de la musique ou de dire des grossièretés et parfois récitent une prière musulmane. Quand ils passent devant une mosquée ou un tombeau de saint soufi, ils s'arrêtent pour faire une prière musulmane. Les Hindous vont les pélerinages sur les tombes des saints soufis et en ramènent des talismans (taviz). Leur tolérance est vraiment impressionnante et donne lieu à u formidable syncrétisme religieux. La star du quartier c'est Sai Baba. Sai Baba était un soufi qui recevait des aumônes dans une mosquée qu'il redistribuaient ensuite. Il est vénéré autant par les Musulmans que les Hindous qui voient en lui un dieu.
    Pour vous faire une idée de la dévotion pour Sai Baba des Hindous comme des Musulmans, regardez cette chanson tirée du film "Amar Akbar Anthony", ça c'est vraiment l'Inde :
    http://www.youtube.com/watch?v=7gPinNdq0-I
    Il y avait des amis musulmans dans le quartier qui m'ont emmené à la mosquée le premier vendredi. L'imam était très content de voir un musulman blanc. Avec ma moustache et ma kurta, je ressemblais à Rishi Kapoor dans la chanson ci-dessus où il joue un musulman chanteur de qawali. Dans la famille de Kailash, ils sont hindous mais ils sont chanteurs de qawali, c’est la magie l’Inde. 


    Conclusion :
    J'ai vraiment été très heureux en Inde, les gens ont vraiment été adorables avec moi, le fait de connaître leur langue et leur culture a sans doute joué en ma faveur. J'étais bien sûr triste de partir et tous mes amis étaient tristes de me voir partir. 
    Parfois j'ai regretté de ne pas avoir la couleur de peau de mon père (qui est tunisien) avec elle on m'aurait vraiment pris pour un Indien car la façon dont les gens me regardaient parfois me faisait bien sentir que j'étais un étranger. Mais le fait d'être un blanc parlant hindi a fait de moi un objet de curiosité dans le quartier à qui on demandait sans cesse des chansons ou des imitations de films (celle que je vous fais en France). Je me sentais donc à la fois étranger mais en même tellement bien dans ce pays. Même si on ne peut connaître l'Inde sans l'avoir vu tant visuellement c'est un choc au début, j'avais l'impression là-bas d'y avoir toujours vécu et d'être comme chez moi. Je n'étais donc pas du tout content de rentrer à Paris et au bout de deux jours les Français m'écœurent déjà (je peux plus voir leur gueule), voir la façon dont les filles s'habillent à Paris m'a fait un choc à mon retour et puis à Paris aussi il y a beaucoup de clochards mais aussi des gens louches qu'on ne trouve pas en Inde. Mais en même temps, je suis content de retrouver ma chambre et surtout mes parents.
    Je ne sais pas si je retournerai en Inde bientôt, maintenant mon objectif c'est mon concours et il faut que je refasse des économies. Mais en même temps, je n'ai pas envie d'y retourner dans l'immédiat car la vie là-bas est parfois difficile. Au moins, maintenant j'ai vu ce qu'était l'Inde. Surtout voir le travail de mon association sur le terrain a renforcé mon désir de continuer à travailler pour elle au moins en France. J'ai vu que le travail qu'on fait en France peut permettre d'aider ne serait-ce qu'un peu les gens là-bas et je suis donc content de voir ça, cela m'a mis du baume au cœur et je vous invite vous aussi à aider notre association (vous avez le lien vers son site sur mon profil). 
    J'espère sinon que mon récit vous a plu et qu'il vous a donné l'envie d'aller en Inde. Ce n'est pas si chère que ça d'y aller et le coût de la vie là-bas est dérisoire. Mais surtout si je peux vous faire un conseil, ne faites pas les touristes idiots et aller vivre chez des gens pour voir l'Inde des Indiens car ce qu'il y a de plus beau en Inde ce sont les Indiens eux-mêmes.